« Ah, Marie, Marie Curie… C’était une femme très active de son vivant, vous savez…
— Et radioactive après sa mort.
— Ses découvertes, son mérite rayonnent encore, nourrissent la communauté scientifique !
— Mais son sommeil n’est pas suffisamment de plomb.
— Que racontez-vous là comme sottise ? Elle ne va pas se relever de son cercueil, comme un vampire de cinéma ! Ce sont des cendres qui sont transférées, mon bon monsieur. Des cendres !
— Pas la peine d’être si remonté. Moi, je ne fais que constater. D’ailleurs, les premiers rangs de la foule crépitent…
— Comment osez-vous ? En un moment si solennel ! Alors que chacun se montre si recueilli… Qui êtes-vous, monsieur ? Un malotru ? Un trublion ? Un sarcastique ? Allons, partez, les individus de votre espèce n’ont rien à faire ici !
— Je voulais juste observer, pour mieux raconter ensuite.
— Journaliste ? J’aurais dû m’en douter !
— Non, pas journaliste, juste… » L’homme soupira. « À quoi bon ? »
Et le conteur Geiger s’éloigna, à pas mesurés.
20 avril 1995 : transfert des cendres de Pierre et Marie Curie au Panthéon de Paris.

Nouvelle lune