De petites stalactites constellaient sa barbe et ses cils. Chaque nouveau pas sur la glace lui coûtait. Même ses quatre guides esquimaux et leurs huskys luttaient contre l’épuisement. Seul son valet, sa peau noire luisante de givre, ne laissait rien paraître. Robert stoppa, incapable d’aller plus loin, et donna le signal de l’arrêt. Ils construisirent un igloo sommaire sous les rafales glacées de l’Arctique et s’y réfugièrent. À l’écart, les deux américains conversèrent à mi-voix.
− Nous sommes encore à plus de quatre-vingt miles du pôle Nord, dit Robert.
− À cette vitesse, il nous faudra sept jours pour le rejoindre, annonça son valet.
Robert soupira. Il était épuisé. Tous étaient épuisés. Une fois de plus, il voyait son rêve d’atteindre le pôle Nord lui échapper. Une fois de plus, il allait devoir renoncer. Il observa la dernière page de son petit carnet de voyage. Leur progression était là, noire sur blanc, preuve de son échec. Insupportable. Hagard, il déchira une page, deux, trois… Un espoir fou l’envahissait. Personne ne saurait… personne. Un regard à son nègre le conforta. Il avait compris et ne parlerait pas. Avec soin, sourire aux lèvres, Robert entreprit de raconter un autre voyage, celui de ses rêves…
1909 : Robert Peary atteint le pôle Nord

Pleine Lune