Cela faisait de longues semaines qu’il restait couché, enseveli sous d’épais édredons de plumes qui ne réchauffaient que difficilement son vieux corps. Il fit jouer les longs doigts de ses mains posées en évidence sur le drap et ressentit la raideur des articulations, l’usure des cartilages. Il soupira, déclenchant une toux caverneuse qui fit accourir son si cher Francesco. Le jeune homme le fit boire, réarrangea ses oreillers, avant de lui conseiller le repos et de le laisser. Un sourire apparut sur les lèvres parcheminées de Léonard. Se reposer, il en avait bien l’intention, du moins, laisser reposer son corps, ce corps usé par les années et la maladie. Il avait étudié la nature du monde, celle de l’homme. Il lui restait un autre domaine à explorer : l’au-delà. Il n’avait pas peur ou plutôt, la seule chose qu’il craignait était de ne pas pouvoir revenir pour délivrer le savoir acquis. Ses yeux brillèrent de malice. Il trouverait bien, quel que soit le temps que cela lui prendrait. Rien ne lui avait jamais résisté. C’est le cœur serein que Léonard abandonna la vie dans une nouvelle quinte de toux.
1519 : Mort de Léonard de Vinci

Gibbeuse croissante